D’après les statistiques du gouvernement britannique, entre 1969 et 1998 le conflit en Irlande du Nord est a l’origine de 35 669 fusillades, 10 142 explosions; 11 483 armes à feu et 115 427 kg d’ explosifs ont été saisis par les forces de sécurité au cours de 359 699 perquisitions, 18 258 personnes ont été condamnées à des peines de prison pour ‘activités terroristes’ entre 1972 et 1998, et 3 289 personnes ont été tuées dans le Nord et 42 216 blessées suite a la violence politique entre 1969 and 1998. (Source: Sydney Elliott & W.D. Flackes, Northern Ireland: A Political Directory 1968-1999, Belfast, The Blackstaff Press, fifth revised and updated edition, 1999, pp.681-687)
La violence politique en Irlande du Nord n’a pas la meme intensite dans le temps et dans l’espace, ou le même impact selon les catégories sociales. Prés de 52 pour cent des morts sont concentrées entre 1971 et 1976. L’année la plus meurtrière, 1972, à elle seule a fait plus de morts que la décennie 1990. La violence politique n’a pas la même intensité selon les lieux. Si la violence a été ” ghettoïsée” dans des endroits comme Belfast Nord où elle a été la plus intense, des pans entiers du nord de l’Irlande sont restes entièrement normaux et marginalement affectes par le conflit. De même, les couches sociales les plus défavorisées, économiquement et socialement, ont eu un risque plus grand d’être exposées au conflit. (Marie-Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Northern Ireland’s Troubles: The Human Costs, London: Pluto Press, 1999, pp.133-146)
Une étude de l’Université d’Ulster dénombre 3526 personnes tuées suite au conflit entre Juillet 1969 et Décembre 2001, dont 3269 en Irlande du Nord, 125 en Grande Bretagne, 114 dans le sud de l’Irlande et 18 ailleurs en Europe. (http://cain.ulst.ac.uk/sutton/) En termes absolus, qu’en trente années de conflit un peu plus de 3500 personnes soient tuées peut sembler peu, surtout si on compare cela a des guerres majeures, comme au Congo par exemple qui dépasse le million de morts. Mais en termes relatifs, à l’échelle de l’Irlande du Nord qui compte environs un million et demi d’habitants, c’est beaucoup plus significatif. Brendan O’Leary et John McGarry soulignent que “prés de deux pour cent de la population d’Irlande du Nord a été tuée ou blessée a cause de la violence politique”, soit prés d’une personne sur cinquante. “Relatif a la population, ça représenterait plus de 100 000 personnes tuées en Grande Bretagne durant la même période, et aux USA ca aurait représente plus de 500 000 morts suite a la violence politique, soit dix fois le nombre d’Américains tues lors de la guerre du Vietnam.” (Brendan O’Leary and John McGarry, The Politics of Antagonism: Understanding Northern Ireland, London: The Athlone Press, Second Edition, 1996, pp.12-13) C’est pour cela qu’il est légitime de classifier le conflit comme une “guerre”, parler seulement de “troubles” est un “euphémisme”. (Ibid, 18)
A cause du conflit, plus de 7000 parents ont perdu un enfant, 14 000 grands parents ont perdu un de leurs petits-enfants. On estime a 3000 le nombre de personne ayant perdu un conjoint, 10 000 enfants ont perdu un parent, et 15 000 un frère ou une sœur. Quelques 45 000 personnes ont perdu un oncle ou une tante, et 21 000 une niece ou un neveu. Cela fait en tout 115 000 personnes qui ont perdu un membre de leur famille a cause de la violence politique. (Karola Dillenburger, Response, in B. Hamber, D.Kulle, R.Wilson (eds), Future Policies for the Past, Belfast: Democratic Dialogue Report No.13, February 2001) Cela represente une personne sur onze en Irlande du Nord.
Des 3747 victimes du conflit recensées entre 1966 et 2006, l’édition 2007 du livre Lost Lives fait le décompte suivant:
Forces de sécurité : 1039 (27.7%)
Activistes républicains : 395 (10.5%)
Activistes loyalistes: 167 (4.4%)
Civils catholiques: 1259 (33.6%)
Civils protestants: 727 (19.4%)
Non classifiables : 160 (4.2%)
(Source: David McKittrick, Seamus Kelters, Brian Feeney and Chris Thornton, Lost Lives: The stories of the men, women and children who died as a result of the Northern Ireland troubles, Edinburgh: Mainstream Publishing Company, Revised and updated edition, 2007, p.1555)

Il faut noter que dans la catégorie ‘civils protestants’, environ 20% ont été tues par des loyalistes, car ils les prenaient pour des Catholiques.
Le décompte des victimes montre que les deux catégories les plus importantes sont les ‘civils catholiques’ tus par les forces de sécurité et les groupes loyalistes et les ‘forces de securite’ tué par les organisations républicaines. Les ‘civils catholiques’ représentent le groupe le plus important de victimes du conflit. Une étude de l’Université d’Ulster et des Nations Unies dénombre 3593 morts suite au conflit entre 1969 et 1998, et calcule que 1543 sont Catholiques (comprenant 355 militants républicains).
Sont responsable de ces 1543 morts:
Tues par des Républicains: 381 (24.7%)
Tues par des Loyalistes: 735 (47.6%)
Tues par les forces de sécurité : 316 (20.5%)
Non-classifiables: 111 (7.2%)
(Source: Marie Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Mapping Troubles-Related Deaths in Northern Ireland 1969-1998, INCORE (University of Ulster & The United Nations University), Second edition with amendments reprinted 1998, Table 1.1 Deaths by Religion by Organisation Responsible)
Statistiquement, le groupe ayant eu le plus a risque d’être tue au cours du conflit est celui des ‘civils catholiques’, dont plus de 800 ont été tues par les groupes loyalistes et les forces de sécurité. Les medias ne se font pas écho des cette vérité de base. Roy Greenslade, ancien éditeur du quotidien britannique The Daily Mirror et aujourd’hui commentateur a The Guardian a montre que les medias font une “hiérarchie des victimes” du conflit, dans laquelle les Britanniques tues par l’IRA reçoivent le plus de couverture médiatique, et les civils catholiques tues par les Loyalistes le moins de couverture médiatique. Le groupe de victimes quantitativement le plus important du conflit est donc celui le plus invisible dans les medias. (Roy Greenslade, A Hierarchy of Death, The Guardian 19 April 2007 and 21 June 1999)
Si on prend en compte le fait qu’il y a proportionnellement plus de Protestants que de Catholiques dans le Nord, le danger auquel les civils catholiques sont exposés apparaîtra d’autant plus grand. “Il est évident que les civils Catholiques ont souffert plus que les civils Protestants autant en termes relatifs qu’absolus.” (Brendan O’Leary and John McGarry, The Politics of Antagonism: Understanding Northern Ireland, London: The Athlone Press, Second Edition, 1996, p.34) Les Catholiques représentent un tiers de la population de l’Irlande du Nord, mais constituent trois cinquièmes des victimes civiles du conflit.

Si une étude de l’université de Cambridge note que “aucune des communautés en Irlande du Nord ne possède le monopole de la souffrance. Autant parmi les Catholiques que parmi les Protestants des centaines de personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées”, ils notent cependant que: “En termes relatifs, il est indéniable que ce sont les Catholiques qui ont le plus souffert, car c’est contre eux qu’a été dirigée la majorité de la répression et de la discrimination. La plus part des dizaines de milliers de personnes ayant été emprisonnées pour des ‘activités terroristes’ étaient Catholiques, de même la majorité des victimes des assassinats sectaires était Catholique.” (Bob Rowthorn and Naomi Wayne, Northern Ireland: the political economy of conflict, London: Polity Press, 1988, pp.6-7)

Les ‘civils catholiques’ ont plus de risque d’être tues que les ‘forces de sécurité ’ , mais très peu de ressources ont été investies pour leur protection. Les forces de sécurité ont été avant tout impliquées dans une opération de contre-insurrection -et non «-maintien de la paix’- et ont concentré leurs ressources dans la lutte contre les organisations républicaines plutôt que dans la protection des civils catholiques.

Cela illustre bien le fait qu’il y a deux campagnes de violence en Irlande du Nord, une étant l’insurrection des organisations républicaines contre l’état britannique, l’autre étant la contre insurrection de l’état et des groupes loyalistes non seulement contre les activistes républicains, mais l’ensemble de la population catholique.
Les statistiques suivantes le confirment:
Victimes Civiles du conflit en Irlande du Nord, 1969-1998:
Pourcentage de victimes civiles tues par les groupes suivants:
Forces de sécurité : 54.4 per cent
Republicains: 35.6 per cent
Loyalistes: 87.2 per cent
(Source: Calcule sur base de Marie Therese Fay, Mike Morrissey and Marie Smyth, Mapping Troubles-Related Deaths in Northern Ireland 1969-1998, INCORE (University of Ulster & The United Nations University), Second edition with amendments reprinted 1998, Table 1.2 Political Status of Victims by Organisations Responsible for Deaths)

Plus de la moitié des personnes tuées par les forces de sécurité étaient des civils, moins d’un tiers de ceux tués par les républicains étaient des civils, et près de neuf victimes sur dix des loyalistes étaient des civils, la vaste majorité ayant été simplement tues par ce qu’ils étaient catholiques, ou semblaient l’être.

Si le ‘terrorisme’ signifie généralement la violence contre des civils pour des fins politiques, la ‘guerre’ réfère au conflit arme contre des cibles politiques et militaires. Si ces termes sont appliques au conflit en Irlande du Nord, les statistiques montrent que les organisations républicaines, les seuls participants au conflit officiellement dessines comme ‘terroristes’, sont en fait celles qui avaient le moins de chance de tuer des civils et qui menaient des actions plus discriminer que les forces de sécurité britanniques et les groupes loyalistes. Et si on étend la définition de ‘terrorisme’ comme tuer des civils par intention délibérée (plutôt que par accident), le terme s’appliquerait exclusivement aux loyalistes. Mais les autorités et les médias continuent à parler des ‘terroristes républicains’…

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